Vignerons Créateurs

15
juil.
Interview de Christian Gourjon, directeur des Vignerons Créateurs

Interview de Christian Gourjon, directeur de la Cave des Vignerons Créateurs (30) : « Avec la fusion de nos caves, nous nous sommes donné les moyens d'explorer le potentiel de nos terroirs complémentaires »

Les Caves Coopératives de Jonquières Saint-Vincent, Bellegarde, Saint-Gilles et Manduel ont fusionné en août 2009 sous l'étiquette des Vignerons Créateurs. Leur directeur, Christian Gourjon est aussi œnologue et vigneron, à la tête d'une propriété familiale de 40 hectares.

Pourquoi ce nom de Vignerons Créateurs ?

(Rires) C'est un nom qu'on assume pleinement, avec notre agence de communication, Com Océan, avec qui nous fonctionnons particulièrement bien. Le vin c'est la nature et la science mais c'est aussi le rire et le plaisir et nous avons voulu assumer des vins faits avec sérieux mais sans se prendre au sérieux. Et de trouver vraiment des opportunités dans les déconvenues. Comme celle qui a donné naissance à notre collection Les Oiseaux Rares : avec la fusion des caves nous avons lancé le chantier d'un grand site de vinification commun. Les ornithologues du CO-Gard ont découvert que nichaient sur le site quatre couples de Rolliers d'Europe, ainsi que l'Outarde Canepetière et l'Oedicmène Criard. Les travaux ont pris huit mois de retard. Nous avons bâti le regroupement de nos caves sur les principes du développement durable, il n'était donc pas question de faire autrement. Nous avons arrêté les travaux pour la période de nidification, avec d'autant moins d'états d'âmes que nous lancions, pour fêter ça, une collection dédiée à ces trois volatiles qui rencontre un très joli succès avec ses étiquettes façon Shadok et sa belle histoire. Et pour chaque bouteille vendue nous reversons 20 ct au CO-Gard.

Nous avons d'autres cuvées qui nous distinguent, d'autres habillages originaux, comme notre rosé conditionné en magnum dans une bouteille sérigraphiée dans un esprit Christian Lacroix pour les férias et les belles tables de l'été... Avec aussi cette Clairette cueillie en vendanges tardives, que nous avons appelée Premier Frisson, parce qu'on frissonne quand on vendange en automne et parce que c'est un vin polisson (Rires)!

En unissant nos forces nous nous sommes donné les moyens d'explorer le potentiel de notre camaïeu de terroirs complémentaires. C'est tout le contraire de la standardisation qu'on craint quand on procède à une fusion vers une grosse structure.

Comment est né le regroupement des coopératives ?

Christian GourjonNous nous sommes rencontrés pour unir tous les terroirs des Costières de Nîmes, de la Camargue au Pont du Gard, depuis les terrasses du Rhône, de Jonquières et Bellegarde jusqu'à celles de la Durance, de Saint-Gilles à Beauvoisin. Avec Bellegarde et l'AOC Clairette de Bellegarde, nous sommes également au cœur d'une production de vin blanc particulièrement intéressante, tant du point de vue gustatif que du point de vue économique et marketing, pour présenter une gamme complète. Notre président, Daniel HUGUES, laisse la place cet été à Bruno MANZONE pour bâtir sur ces belles fondations et notamment pour poursuivre un rapprochement bien entamé avec la cave de Beaucaire.
Aujourd'hui, les Vignerons Créateurs représentent 1400 ha répartis entre 160 exploitants pour une production annuelle qui oscille entre 90 et 100 000 hl et un chiffre d'affaires consolidé de 10 millions d'euros. La moitié est produite en AOP (Costière de Nîmes, Clairette de Bellegarde et Côtes du Rhône), l'autre est en IGP de cépages.

Prévoyez-vous de faire passer vos IGP de cépages en VSIG de cépage ?

Nous y réfléchissons bien sûr, mais notre intérêt n'est pas de tout basculer en VSIG ; ce passage se justifierait pour les vignobles de plaine. Cette réforme est une occasion de segmenter le marché des vins de cépage et nous la saisirons, notamment pour l'export. Du côté des IGP, la réforme n'a pas vraiment simplifié les choses puisque nous avions deux appellations Vin de Pays de référence (Oc et Gard) et nous changeons pour deux nouvelles : IGP Pont du Gard et IGP des Cévennes.

Quels sont vos principaux débouchés ?

Nous réalisons 60 % de nos ventes en France où nous travaillons avec toutes les enseignes de la grande distribution, via des marques dédiées. 40 % de nos ventes sont faites à l'export, en particulier en Grande-Bretagne, en Belgique et aux Pays-Bas, où nous rencontrons de beaux succès avec nos rosés. Nous connaissons également un beau développement en Chine. Nous avons commencé avec 10 containers en 2007, nous en sommes à 20 cette année et nous ne sommes qu'à la moitié de l'année. Cette progression des volumes va de pair avec une progression de la demande au sein de notre gamme : nos importateurs nous demandent des vins plus complexes : de premiums à 5 € départ on passe à une demande sur des vins à 10-12€ pour nos clients de Shanghai, où il y a une vraie classe moyenne à la recherche de vins authentiques, qui reflètent un savoir-vivre. Nous allons ouvrir un bureau à Shanghai, où travaillent un représentant chinois et un représentant français et je m'y rends tous les trimestres.

www.vitisphere.com